18.08.2006

Ami si tu tombes

medium_libe.jpgSoixantième anniversaire de la Libération de Paris

 

Militants CFTC : engagement, Résistance et sacrifices

 

Tandis que l'on  commémore, fin août, le 60e anniversaire de la libération de Paris, La Vie à défendre choisit d'honorer la mémoire des militants CFTC engagés dans la Résistance. La CFTC Paris a retrouvé la trace de quelques-uns d'entre eux, morts pour une société de justice, de fraternité et de paix.

 

Georges Bernard, du Syndicat des employés, membre du réseau «Élie». Il photographia, notamment, l'emplacement des bateaux allemands dans le port de Brest pour permettre à  l'aviation  anglaise  de  les bombarder avec précision. Arrêté sur dénonciation  le 15 mai 1941, il sera exécuté le 10 décembre de la même année au mont Valérien, avec onze compagnons du même groupe. Fusillés l'un après l'autre, ils refusèrent qu'on leur bande les yeux et commandèrent eux-mêmes le feu du peloton d'exécution. Georges Bernard entonna, avant de mourir, le chant scout : «Adieu, je pars, sans détourner les yeux». 

Marguerite Martin, adhérente CFTC, arrêtée par la Gestapo. Extrait de son interrogatoire : «Questionnée encore et menacée, je suis obligée d'avouer que je connais d'autres personnes de l'organisation, mais  je ne les donnerai sous aucune contrainte. J'ai travaillé pour la France et je suis prête à mourir  pour  la  France. »  Elle  subit sept fois le supplice de la baignoire...  sans  avoir  parlé. Morte  pour la France,  le  20 août 1944. 

Henri  Clément,  du  bureau confédéral, président de la Fédération  des  syndicats chrétiens d'employés, techniciens et chefs de service. Il est arrêté le 11 juin 1943pour avoir coopéré à des récupérations de parachutages. Il est déporté au camp de  Kersbruck et, le 21 février 1945, il y décède. 

Jean Labouisse,  secrétaire général d'union départementale. Il a le cran de brûler, devant les troupes ennemies effectuant une opération contre le maquis, des documents qui  auraient permis des représailles contre les familles des patriotes. Il est pendu sur le champ. 

Eugène Perot, militant CFTC, ingénieur chef de laboratoire aux usines Hispano Suiza, chargé par Londres des liaisons radio avec l'Angleterre. Il réussit à installer quatre ou cinq postes clandestins. Arrêté en 1942, en pleine liaison radiophonique, il est interné à Fresnes, condamné à mort et exécuté avec quinze compatriotes. «Sa mort héroïque fut celle d'un saint!» dit l'aumônier qui l'avait accompagné au poteau d'exécution et qui tint à l'ensevelir lui-même.

Dans sa dernière lettre, il écrit: «II n'est pas nécessaire que je nomme tous ceux que j'ai connus et aimés. Qu'ils sachent que j'aurai, pour chacun d'eux, une pensée et une prière avant de mourir. » 

Paul Michelet, président du Syndicat des employés. Il est arrêté sur dénonciation pour diffusion de tracts clandestins. Il   meurt  à  Mauthausen.

Étienne Toure, militant CFTC. Ce pacifique de frêle complexion, comme le décrivaient ses  camarades,  s'engage dans la Résistance. Mort à Dachau. 

Francis Chirat, salarié au Crédit  lyonnais. Il  est  fusillé  en août 1944. 

André  Vaganay,  chef  du contentieux au Crédit agricole, rejoint le maquis du Vercors mais se fait arrêter. Il réussit à s'échapper et rejoint le maquis de Saône-et-Loire. 

Jean Carpezat, employé à la SNCF, est grièvement blessé le 3 septembre 1944, au combat, et achevé lâchement sur place. Il devait se marier vingt jours plus tard. Il aurait eu alors 21 ans. 

Louis Tournier, président d'une section syndicale, se sacrifie le 22 août 1944, afin de permettre la fuite de son chef de maquis. Fusillé à 32 ans, sans jugement. 

Michel Pasquier, métallurgiste, combattant de l'Armée secrète. Le 5 septembre 1944, il    est    fusillé.   Il    venait    d'avoir vingt ans.

Elie  Bourliaud  est,  comme l'écrit le quotidien La Nouvelle République, «un syndicaliste chrétien convaincu et qui représentait la Résistance dans ce qu'elle a de plus pur et de plus vrai». Mort à Buchenwald. 

Jean Fournier, âgé de 17 ans, employé, est tué le 1er septembre 1944 en ravitaillant le maquis. 

Charles Preux est tué par la Gestapo lors de son arrestation en 1943. 

André Domon, André Défaut, Pierre Dupont, tous trois fusillés à l'âge de 20 ans, le 2 octobre 1944. 

Marguerite Leilannet est déportée à Ravensbruck.

 

Et tant d'autres, hommes et femmes de tous horizons, de toutes religions, que nous voulons associer aujourd'hui à cet hommage. Nous pensons plus particulièrement aux personnes de confession juive qui ont payé un si lourd tribut à la folie des hommes.

 

Joseph Thouvenel

 

La Vie à défendre — août 2004

29.07.2006

1906

Un siècle de dimanche reposant
A l'occasion des 100 ans de la loi de 1906 instaurant le repos dominical, l'historien Robert Beck revient sur sa genèse et sa remise en cause récurrente.
Par Sonya FAURE
QUOTIDIEN : Samedi 15 juillet 2006 -

Il y a cent ans, le 13 juillet 1906, la loi sur le repos hebdomadaire était promulguée. Elle accorde aux salariés de l'industrie et du commerce un repos de 24 heures après 6 jours de travail. L'article 2 de la loi fixe ce repos hebdomadaire au dimanche. Robert Beck, auteur d' Histoire du dimanche : de 1700 à nos jours (1) et professeur au Centre d'histoire de la ville moderne et contemporaine (Cehvi), à l'université de Tours, revient sur la loi de 1906 et son devenir.



En 1906, instaurer le dimanche comme jour de repos n'est pas nouveau... Qu'apporte de plus la loi ?
A partir de la loi de 1906, le congé du dimanche n'a plus rien de religieux. Une «loi pour la sanctification du dimanche» avait effectivement été promulguée en 1814, mais elle était tombée en désuétude puis définitivement abolie par une loi de 1880. En 1906, on réinvente le dimanche dans une perspective laïque. La loi repose sur deux valeurs nouvelles, inventées au XIXe siècle : le repos et la famille. Dans les entreprises ou les secteurs où le travail du dimanche est la règle, les salariés sont usés et donc plus souvent exemptés de service militaire. Or, à cette époque, les gouvernements ne peuvent prendre le risque d'armées dépeuplées. Le sujet de la fatigue apparaît alors. Comme celui de la dépression, qu'on appelle encore mélancolie, ou de la tuberculose et de l'alcoolisme ouvrier, considérés comme deux fléaux. La préoccupation de la famille, elle, rejoint une vieille inquiétude des élites : comment le peuple vit-il son temps libre ? On attribue alors un rôle capital à la femme, qui doit préparer un bon foyer à son mari... et lui faire perdre l'envie d'aller au troquet. Le mouvement ouvrier lui-même entre dans ce discours : en 1912, des affiches de la CGT pour la «semaine anglaise», dont le samedi après-midi et le dimanche sont fériés, montrent une vie familiale idyllique où des enfants cueillent des fleurs avec leurs parents... Autre point souvent méconnu : ce ne sont pas les ouvriers qui ont porté la loi de 1906. A cette époque, ils avaient déjà bien souvent obtenu le congé hebdomadaire dans les usines ou les ateliers. En fait, c'est le mouvement des employés du commerce, né dans les années 1890 avec les grands magasins, qui s'est mobilisé. L'espérance de vie se limitait à moins de 40 ans chez 45 % des employés et des coiffeurs. Ils organisent des manifestations, soutenues par la CGT et le mouvement ouvrier, et rassemblent par exemple 3 000 personnes à Bordeaux. C'est finalement sous la pression de la rue que le Sénat vote la loi de 1906, première victoire sociale des employés.
Mais la France est à la traîne...
Elle est l'avant-dernier pays européen à introduire le repos hebdomadaire. L'Italie le fera en 1907. En Angleterre, au contraire, le samedi après-midi et le dimanche fériés sont introduits dès le deuxième tiers du XIXe siècle. Ce n'est pas par hasard que «week-end» est un mot anglais... Notons aussi qu'en France les domestiques et les travailleurs agricoles sont exclus de la loi de 1906. Le repos dominical s'imposera en fait définitivement après la Première Guerre mondiale. La journée de 8 heures est introduite en 1919 : en permettant aux ouvriers de faire leurs courses en semaine, elle va consolider le repos dominical. En 1936, avec la semaine de 40 heures, le dimanche va commencer son entrée dans le «week-end»... Même si les 40 heures sont en réalité assez théoriques : dans les années 50, les ouvriers travaillent encore 46 ou 47 heures en moyenne par semaine. On est en plein dans les Trente Glorieuses et les entreprises ont besoin de main-d'oeuvre. Il faudra attendre la fin des années 60 et la crise économique des années 70 pour que le week-end s'impose vraiment.
Jusqu'à la remise en cause du dimanche chômé aujourd'hui ?
Encore une fois, la question se joue plus dans le commerce que dans l'industrie. Un discours néolibéral, qui porte une régression des acquis sociaux, rencontre une attente d'une certaine clientèle, essentiellement parisienne. C'est peut-être dû à la structure familiale (il y a plus de célibataires à Paris), au niveau de vie plus élevé ou à un mode de vie plus consumériste. Peut-être aussi à une sorte de vide. Aller dans un magasin le dimanche marque, d'une certaine manière, la fin de sociabilités personnelles. Mais contrairement à ce qu'on entend ici ou là, on ne peut pas parler de désacralisation du dimanche. La preuve : les activités du samedi ­ ménage, bricolage ­ sont différentes de celles du dimanche : on regarde la télévision, les repas sont plus longs... Et une vieille activité dominicale a demeuré malgré les vicissitudes historiques : la promenade. En 1906, on lui attribuait des bienfaits pour la santé morale et physique de l'ouvrier. Elle avait aussi le mérite d'éviter les dépenses inutiles.
(1) Les Editions de l'Atelier, 1997

15.07.2006

Dimanche : de Constantin à Casto

medium_images.2.jpeg"Le dimanche, base du temps social"

Pour Robert Beck, l'historien maître de conférences à l'université de Tours, le retour du travail le dimanche renvoie au modèle du XIXe siècle

<>ENTRETIEN. Robert Beck, historien (1)

La Croix : Le dimanche a-t-il toujours été un jour de repos dans l’histoire ?

Robert Beck :C’est l’empereur Constantin qui introduit, dès 321, le repos du dimanche dans les villes de l’empire romain. Cette journée revêt alors une fonction religieuse. Au cours du Moyen Âge, plusieurs conciles généralisent cette pratique et, en 1700, la quasi totalité des Français se rend à l’église le dimanche, parcourant parfois plusieurs kilomètres à pied : il s’agissait à l’époque d’une grand-messe également accompagnée d’offices… Au milieu du XVIIIe siècle, le jour du Seigneur devient aussi jour de fête, un temps de la danse et des débordements, un mélange de rites religieux et profanes. Supprimé par la Révolution après 1792 pour combattre la religion chrétienne et satisfaire un discours des Lumières – dont les élites considéraient le temps libre populaire comme un temps gaspillé dans les cabarets –, le repos dominical est réintroduit par Napoléon, pour les fonctionnaires. Mais les employés du commerce et les artisans travaillent, ainsi que certains ouvriers.

– Certaines professions observent aussi l’usage de la «saint-lundi» ?

– Il s’agit d’une « institution » des compagnons du Devoir, entre le Moyen Âge et 1880, que l’on trouve aussi chez nos voisins européens. Les compagnons ne travaillaient ni le dimanche ni le lundi : ils pouvaient se le permettre car leurs salaires étaient relativement élevés et le paiement à la tâche leur permettait de se rattraper. Mais le saint-lundi faisait aussi partie de la coutume chez les cordonniers, pourtant mal payés.

– On observe au XIXe siècle un retour au travail du dimanche…

– À partir de 1830 en effet, le repos dominical disparaît, pour des motifs de productivité industrielle. De plus, la classe ouvrière est alors considérée comme un danger, que l’on cherche à l’éliminer de l’espace public en lui ôtant la possibilité de se divertir le dimanche. C’est toujours après les révolutions du XIXe siècle que l’on cherche à maîtriser le temps libre populaire, et le repos dominical en souffre ! Parallèlement, la dimension religieuse du dimanche régresse. C’est après la Commune, dans les années 1870, que le repos du dimanche est progressivement rétabli dans l’industrie.

– Que dit la loi du 13 juillet 1906, sur le repos hebdomadaire ?

– Ce texte accorde à tous les salariés de l’industrie et du commerce un repos de 24 heures, fixé au dimanche, après six jours de travail par semaine. Mais les domestiques et les ouvriers agricoles n’en bénéficient pas, et il existe de multiples dérogations. La France, dans le monde occidental, est l’avant dernier pays à adopter une telle législation. Entre-temps, la référence religieuse a disparu des débats et ce texte s’inscrit dans une série de lois sociales, comme la journée de 8 heures instaurée en 1919. Encore en vigueur aujourd’hui, la loi de 1906 constitue la base de notre organisation sociale du temps.

– De plus en plus de salariés travaillent le dimanche, s’agit-il d’un retour en arrière ?

– La question se pose à nouveau depuis la fin des années 1980, avec d’ailleurs les mêmes arguments libéraux qu’au XIXe siècle – primauté à la libre concurrence et aux souhaits du consommateur, dynamisme prétendu de l’activité économique et des créations d’emplois… En outre, la discussion tourne à nouveau autour du commerce et du tertiaire en général. D’une certaine façon on revient à un modèle du XIXe siècle !

– Le dimanche occupe-t-il toujours une place à part pour les Français aujourd’hui ?

– Bien sûr : il est faux de dire que le dimanche a perdu toute caractéristique parce qu’il serait dilué dans le week-end. Les études montrent que les occupations du samedi, essentiellement ménagères, sont très différentes de celles du dimanche, davantage consacrées à la détente et à la famille.

Recueilli par Marie DANCER

(1) Maître de conférences à l’université de Tours, auteur d’une Histoire du Dimanche de 1700 à nos jours Editions de l'Atelier  Source:La Croix</>

05.07.2006

Foot social club

Le football : un élément de construction identitaire et d’identité sociale ?


La Coupe du monde est devenue ces dernières années un événement universel. La finale, le 9 juillet, devrait être suivie par deux milliards de personnes, soit le tiers de l’humanité. Le football est devenu un “ fait social total ”. On y décèle les rapports entre les situations individuelles et la collectivité (l’équipe) mais aussi entre la règle et son assouplissement (la flexibilité, les passions, les injustices…). Autour du football se construit une identité, une condition sociale… Il régule l’appartenance à une ville comme à une nation… Côté économique, on parle “ d’hyper-football ” comme illustration de la mondialisation des marchés. Le Sud fait face au Nord. Certaines équipes sont globales et achètent à des prix exorbitants leurs joueurs dans tous les coins de la planète. Seul le résultat, l’efficacité et le gain comptent… Loin derrière les professionnels, le football de quartier est un sujet d’étude très intéressant sur la socialisation. Les experts se penchent sur ce “ football informel ” et ses modes de régulations. Le football dans certains ouvrages (*) est analysé comme un “ miroir social ” par l’histoire des pays : “ A travers les exemples du Nord, de la Corse ou de l’Angleterre, l’existence et l’émergence de clubs de football à l’image forte, avec des supporters qui s’y identifient, vient tantôt proposer une revanche face à une situation de crise économique ou identitaire (l’engouement du Nord minier pour le football repose sur un chapelet de clubs dont l’implantation suit à la trace la carte du pays minier, les clubs sont restés alors que les mines ont fermées une à une…), tantôt se faire le reflet de mouvements plus vastes. ” Si le football est un élément de construction identitaire et d’identité sociale, la responsabilité sociale des grands clubs reste à construire ! La Fédération internationale de football association (FIFA) devrait percevoir 1,172 milliard d’euros de droits télévisés et de parrainages, l’équivalent du bénéfice net annuel d’une multinationale. Les investissements publicitaires dépasseront les 3 milliards d’euros… de quoi donner des idées...
(*) Le football dans nos sociétés. Une culture populaire 1914-1998, Autrement Editions, Février 2006

04.07.2006

Un peu d'histoire

un peu d'histoire du syndicalisme sur l'excellent site de la CFTC 67  http://www.cftc-67.fr/presentation/histoiresyndicalisme.htm

22.05.2006

I speak Irish

Cet “Irlandais de poche” vous propose :

  • les expressions les plus courantes
  • les bases de la grammaire
  • des phrases utiles classées par thèmes
  • une prononciation simplifiée
  • un lexique à double entrée

“L’Irlandais de poche” est publié par les éditions Assimil.

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14.05.2006

Le vin pour les nuls

13.05.2006

Albert de Mun, Présent!



Albert de MUN

(Lumigny, 28 février 1841 - Bordeaux, 6 octobre 1914)


Par Marc Nadaux






Albert de Mun est né le 28 février 1841 à Lumigny, en Seine-et-Marne.

 Comme de nombreux jeunes aristocrates de l’époque, il se destine à une carrière militaire et entre à cette fin à l’école de Saint-Cyr. Il en est diplômé en 1862 et sert désormais dans la cavalerie, comme officier de cuirassiers. Il participe alors à la guerre franco-prussienne. Fait prisonnier à Metz en 1870, le jeune officier est placé en captivité outre-Rhin en compagnie de son ami et disciple de Frédéric Le Play, René de la Tour-du-Pin. Ensemble, ils découvrent à cette occasion l’œuvre sociale d’une grande figure du catholicisme allemand, l’évêque de Mayence Monseigneur Ketteler. 

Albert de Mun décide dès lors de se vouer à l’action sociale et chrétienne. L’année suivante, le spectacle de la violence et de la répression de la Commune de Paris le marque profondément. Il mesure le fossé qui sépare le monde ouvrier des dirigeants politiques et des élites économiques adeptes du libéralisme, l’idéologie dominante condamnée en 1864 par le pape Pie IX avec le Syllabus errorum.



Albert de Mun démissionne et quitte ainsi l’armée française. En compagnie de René de La Tour-du-Pin, il fonde le 23 décembre 1871 les Cercles Catholiques Ouvriers, des associations ouvrières encadrées par des membres de la bourgeoisie catholique, selon les vues de Frédéric Le Play. La revue l’Association Catholique, fondée en 1876 et qui paraîtra jusqu’en 1891, lui permet d’exposer sa doctrine sociale. Celle-ci a pour vocation d’unir les classes dirigeantes et les populations ouvrières, cette union prenant la forme du paternalisme. Albert de Mun entend ainsi éduquer le monde ouvrier selon l’esprit de l’Évangile et en dehors des aspirations révolutionnaires. 

L’œuvre des Cercles connaît une rapide expansion. En 1878, elle compte 375 cercles fréquentés par 37.500 ouvriers et 7.600 membres des classes dirigeantes. Son déclin s’amorce cependant dans les années 1880, le clergé se méfiant d’une œuvre aux mains des laïcs, les entrepreneurs industriels lui portant peu d’intérêt. Cette période correspond également à la montée en puissance du mouvement ouvrier dans le cadre des syndicats. L’œuvre sociale d’Albert de Mun se prolonge pourtant grâce à la création en mars 1886 de l’Association Catholique de la Jeunesse Française.



Dès 1876, l’engagement politique d’Albert de Mun accompagne son œuvre sociale. Il est en effet élu député à plusieurs reprises sous la Troisième République (de 1876 à 1878, de 1881 à 1893 et enfin de 1894 à sa mort, en 1914). Comme son prédécesseur Charles de Montalembert sous la Monarchie de Juillet, ses convictions l’invitent à constituer un parti politique catholique. En vain. D’ailleurs Léon XIII désapprouve bientôt cette idée pour la France en 1885. Monarchiste convaincu, Albert de Mun prononce à Vannes, le 19 mars 1881, un discours à la demande du comte de Chambord dans le cadre de la campagne pour les élections législatives. S’appropriant les poncifs de la pensée contre – révolutionnaire, il voit dans le peuple la principale victime de la Révolution française ce qui l’amène à faire l’apologie d’une " monarchie chrétienne ". Ce discours réactionnaire est mal accueilli par la droite orléaniste mais également rejeté par les milieux catholiques qui reproche à son auteur de défendre davantage les intérêts du prétendant plutôt que ceux de l’Église. Quelques temps plus tard, Albert de Mun se déclare favorable à un rapprochement de la droite conservatrice avec le mouvement boulangiste. Quelques années plus tard, en 1892, il se rallie au régime républicain, en catholique ultramontain, sur l’invitation du Pape dans son encyclique Au milieu des sollicitudes (20 février 1892). Ceci lui vaut d’ailleurs l’hostilité des royalistes et la défaite aux élections législatives de 1893 ; son retour à la Chambre des Députés dès l’année suivante n’étant que le fait d’un succès à une élection partielle concernant Morlaix.

Orateur écouté, Albert de Mun contribue par son action au vote de lois concernant le monde du travail et favorables aux ouvriers, notamment la loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats professionnels (1884), les lois concernant les accidents et la durée du travail, la conciliation et l’arbitrage ainsi que le travail des femmes (1892). Il lutte également activement contre les lois scolaires (votées de 1881 à 1886) et la partition de l’enseignement mais également contre la séparation de l’Église et de l’État. Membre de l’Académie Française depuis 1897, il rédige Contre la Séparation en 1905, puis fait également publier en 1908 Ma vocation sociale. Hostile aux engagements de la France à l’extérieur, Albert de Mun s’abstient en décembre 1885 de voter les crédits permettant d’éviter l’évacuation du Tonkin. Cependant, il est favorable à l’allongement du service militaire et au vote de la loi de trois ans pendant l’été 1913. Après la mobilisation générale et la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, il montre son enthousiasme lors de la prise de Mulhouse par le 7ème Corps, dans un article de L’Écho de Paris, le 9 août 1914.



Albert de Mun décède peu après, à Bordeaux, à la fin de cette même année 1914.






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09.05.2006

Mounier, Présent!

medium_mounier_5.2.jpg« Je n'existe que dans la mesure où j'existe pour autrui, à la limite : être, c'est aimer. »
[ Emmanuel Mounier ]
- Le personnalisme

http://www.emmanuel-mounier.net/    Le site officiel des amis d'Emmanuel Mounier

 

Emmanuel Mounier fait partie de ces personnalités rares dans un siècle, qui allient un immense rayonnement personnel, une œuvre intellectuelle de premier plan et une qualité spirituelle hors du commun pour leur existence. Philosophe de formation, il est largement connu comme fondateur de la revue Esprit et comme l'un des créateurs du personnalisme. On a pu dire que la revue, qui aujourd'hui encore poursuit sa route, fut son œuvre principale. L'influence de Mounier a été profonde dans de nombreux pays, en Europe et hors d'Europe.

Profondément inscrite dans les combats des années trente et dans ceux du milieu du XXe siècle, l'œuvre de Mounier prend aujourd'hui une nouvelle actualité. La position centrale qu'elle donne à la notion de personne, opposée à l'individu, est susceptible d'éclairer les conditions de survie de la société démocratique. De même, l'insistance sur l'urgence d'une nouvelle civilisation renouvelle le questionnement sur le sens de la société et de la politique. Et, en cette période où la politique est méprisée, la philosophie de l'engagement que développe Mounier, sous l'influence de son ami Paul-Louis Landsberg, ouvre des perspectives intéressantes sur l'éducation du citoyen.

L'œuvre de Mounier est de celles qui semblent échapper à ce qu'on nomme "crise des idéologies" car elle ne se cristallisa jamais en système. Elle est, selon la belle formule de Paul Ricœur, une "matrice pour des philosophies". Elle est aussi un modèle, pour l'éducation de la pensée, et une éveilleuse d'humanité. Par delà son siècle, Mounier prend la stature d'un maître spirituel, d'un penseur lucide de l'action ; il restaure la grandeur de la politique dans la société démocratique. Et il est une figure marquante de l'adhésion du catholicisme à la démocratie.

Guy Coq
président de l'Association des amis d'Emmanuel Mounier
membre de la rédaction d'Esprit

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